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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 16:55

Editions Albin Michel - 423 pages - 2017

1943. Alice a cinq ans et vit avec sa nourrice dans le Béarn. Sa mère l'y a laissé le temps de la guerre. A la fin de celle-ci, la mère d'Alice la récupère. Elles s'installent à Paris où Diane habite, avec Monsieur Marcel qui possède un atelier de confection. Les contacts et les échanges entre Alice et sa mère, très affaiblie, sont laborieux. Alice trouve du réconfort et la joie de vivre auprès de son voison, Jean-Joseph avec qui elle se lie d'amitié. 

Un jour, sa mère est hospitalisée, atteinte de la tuberculose. Alice est alors envoyée chez son père, une riche homme d'affaires new-yorkais, dont elle ignorait jusqu'alors l'existence.

Ce premier roman répond à tous les codes du récit qui se déroule au court de la Seconde Guerre mondiale. Tout y passe: le résistant caché dans la ferme, les femmes tondues, le retour des déportés à l'hôtel Lutetia...qui ne sont réduits qu'au statut d'anecdotes, donnant un effet "liste". De façon générale, j'ai trouvé que ce roman manquait d'originalité, tout est assez prévisible. 

Le récit n'est porté que par le point de vue d'Alice. Elle a 9-10 ans lorsqu'elle rejoint New-York. Et la difficulté lorsqu'une histoire est racontée à hauteur d'enfant, c'est la crédibilité entre les pensées du personnage et son âge. Et là, la crédibilité n'y était pas. Les pensées, les actes d'Alice ne cadrent pas, la plupart du temps, avec ceux d'une enfant de dix ans (ou moins!), quand bien même l'époque était différente de la nôtre. Et ça, ça m'a beaucoup gênée. Quelques éléments viennent parfois contrebalancer mais l'équilibre ne se produit pas pour autant. DE plus, les personnages sont assez monochromes. 

Toutefois, je suis allée au bout car il est facile à lire. En fait, je le conseillerai en lecture ado, pour appréhender cette période historique. 

Ma note:

Elle voulait juste marcher tout droit - Sarah Barukh
Elle voulait juste marcher tout droit - Sarah Barukh
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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 15:30

Editions Le Nouvel Attila - 2017- 200 pages

1986. Maryam a cinq ans lorsqu'elle quitte Téhéran avec sa mère, pour rejoindre Paris où son père s'est exilé quelques mois plus tôt. 

Depuis la révolution iranienne sept ans plus tôt, les parents de Maryam ont choisi de résister auprès des communistes. Mais il est devenu de plus en plus difficile de vivre dans un pays privé de libertés.

Maryam raconte la difficulté de l'exil, la découverte d'une nouvelle culture -l'épisode des croissants est à ce titre particulièrement poignant-, d'un nouveau pays, d'une nouvelle langue. Sans oublier ce pays natal, l'Iran, dont elle garde de nombreux souvenirs, pas tous heureux d'ailleurs. Comment trouver un équilibre, se construire  avec cette double culture?

Si l'on doutait un jour du pouvoir de la littérature pour comprendre le monde, il suffit de lire ce livre pour affirmer qu'il est immense. En effet, le récit proposé ici remplace bien des débats et "échanges" sur la question de l'exil et de l'immigration. Car cet acte, celui de quitter leur pays, est loin d'avoir été une chose facile. Communistes, c'est d'abord le père, puis la mère et la fille, qui laissent cette terre tant aimée mais qui subissent trop de restrictions de liberté.

L'auteure explique, à travers des exemples de la vie quotidienne, les effets du déracinement: sa mère qui, à Paris, n'attend qu'une chose, le jour où elle pourra retourner dans son pays, l'Iran, son sentiment de ne pas se sentir légitime dans un pays dont elle ne connait pas la langue. Elle raconte aussi comment elle a vécu sa scolarisation, à hauteur de petite fille, qui grandit.

La langue occupe une place très importante dans le processus identitaire. Maryam Madjidi en parle beaucoup, comme un socle: le français d'abord, qu'elle n'accepte de parler qu'au moment où elle s'y sent prête, suffisamment en confiance, et qui contribue pour elle à ce qu'on appelle l'intégration. Et puis le persan, sa langue natale, dont elle vante les poètes, défendue par son père. Il veut que sa fille parle le français à l'extérieur, il y tient, mais le persan à la maison, pour ne pas perdre le lien avec ses origines. Selon les périodes de sa vie, Maryam rejette ou s'approprie l'une ou l'autre de ces langues. 

J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce livre. Maryam Madjidi entremêle les époques pour nous restituer le récit d'une vie, de vies, marquée(s) par l'exil, par le tiraillement entre deux cultures et la profonde affection qu'elle voue à ses deux pays. Ce récit, c'est la vraie vie, les conséquences des choix politiques sur les populations et un vibrant hommage à la liberté.

L'avis de Delphine

Ma note

 

Marx et la poupée - Maryam Madjidi
Marx et la poupée - Maryam Madjidi
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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 17:29

Editions Robert Laffont - 2017- 185 pages

Albert Barraud fut médecin dans un hôpital de Bordeaux au cours de la Seconde Guerre mondiale. Grand résistant, il est arrêté par les Allemands en avril 1944, puis déporté au camp de Neuegamme. Il n'en reviendra jamais, laissant derrière lui une veuve et deux garçons, dont le père de l'auteure, le cadet, alors âgé de huit ans.

L'ombre de ce grand-père héroïque, dont une rue à Bordeaux porte le nom, a toujours plané sur la famille, mais personne n'en parle vraiment. Et Marie le ressent particulièrement auprès de son père qui ne semble pas considérer son père comme le héros que tout le monde dépeint.

Parvenue à l'âge adulte, Marie part à la recherche de l'histoire de ce grand-père, ouvrant la voie à celle de sa famille et de sa propre vie...

Quel beau livre! J'ai été très émue par cette relation entre le père et la fille, ce père que Marie adule et qui l'impressionne tant. C'est finalement elle qui va panser les plaies de ce père qui parait aussi fort qu'un roc. Cette relation est portée par l'amour, l'admiration et la bienveillance, réciproques. 

L'auteure raconte l'histoire de son grand-père au fur et à mesure de ce qu'elle apprend au cours de ses recherches. Cette histoire, tragiquement banale pour l'époque (j'espère ne pas choquer en disant cela), n'est pas tellement le propos du récit, mais davantage ce que la disparation de cet homme, ce mari, ce père, a eu comme conséquences sur les siens. La difficulté pour les enfants de vivre sans père à leurs côtés, avec le sentiment pour le père de Marie d'avoir été abandonné par son propre père, qui aura "préféré" rester auprès de ses malades plutôt que de sauver sa peau. Et la colère que cela a entrainé chez cet homme au cours de sa vie.

L'auteure met au jour le rapport que nous entretenons avec notre histoire familiale, et la nécessité de la connaitre pour se construire soi-même, quel que soit le type de passé duquel on hérite. Le livre nous parle ainsi de la difficulté de se parler au sein d'une famille, à la suite d'événements tragiques souvent, où les choix ne sont pas toujours expliqués, compris par les uns et les autres, chacun restant avec sa tristesse, sa colère...

Enfin, la dernière partie relate comment Marie, accompagnée de son frère, entreprend le voyage sur les lieux de la déportation et de la mort de leur grand-père. Elle retranscrit avec une infinie émotion les sentiments qui les ont animés, et comment ce voyage aura bouclé la boucle et réconcilié son père avec son grand-père, plus de soixante-ans après.

Ce livre est tout simplement magnifique. Il m'a saisie, émue, j'étais en larmes en refermant le livre. J'ai dû repre,dre mon souffle entre les pages. Marie Barraud livre un témoignage d'amour très touchant, un cri même, pourtant très pudique et délicat, à ses proches, à ce père qu'elle aime tant. Une sincérité bouleversante.

Merci les 68premièresfois.

 

Nous, les passeurs - Marie Barraud
Nous, les passeurs - Marie Barraud
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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 13:13

Editions JC Lattès - 2017 - 380 pages

Camille habite à Thionville et vient d'obtenir le bac. Elle fête cette réussite avec ses copains lors d'un concert où se produit Eva, son amoureuse. Puis, du jour au lendemain, Eva ne donne plus de nouvelles et ne se présente pas au rattrapage. Camille souffre de cette absence et surtout de ne pas savoir où se trouve celle qui l'apaise tant.

Car Camille, passionnée de dessin, étouffe dans sa propre famille, avec ses parents, en particulier sa mère à qui elle reproche une certaine inertie, et sa petite soeur qui lui suscite de l'indifférence. Camille décide de partir à la recherche d'Eva, en Pologne, pays dont elle est originaire. S'engage alors pour elle un road-trip à travers l'Europe de l'Est, qui lui fait découvrir les gens et le monde, bien loin de ce que lui avait fait imaginer sa mère lors de ses sempiternelles mises en garde.

Ce roman est une sorte de roman initiatique qui fait passer Camille de l'enfant à l'adulte. La première partie traite de l'étouffement que ressent l'adolescente au sein de cette famille de laquelle elle ne se voit aucun point commun. Sa mère qui la décourage sans cesse, notamment pour exploiter son talent de dessinatrice; sa mère encore, à qui elle reproche de ne pas prendre soin d'elle-même, de subir les choses, de se méfier de tout et tout le monde. 

Lorsque Camille entreprend son voyage, elle tombe sur des gens plutôt bienveillants et généreux, bien loin de tout ce qu'on lui avait prodigué jusqu'à présent. Pourtant, le principe de se méfier de tel ou tel type de population apparait ici universel puisque Camille, au travers de ses rencontres, entend encore des mises en garde, totalement infondées.  Alors, en terme de crédibilité, je me permets d'émettre quelques doutes car, sans dire qu'on rencontre des prédateurs à chaque coin de rue, il me semble un peu idyllique de croire qu'il n'y ait que des bons samaritains. Le parcours de Camille m'est apparu alors comme un peu trop heureux.

Dans la dernière partie, Camille revient chez elle à la suite d'un événement dramatique, ce qui la conduit à se recentrer sur sa famille. Elle découvre ainsi une mère qui lui était finalement totalement inconnue, et lui fait voir d'un autre oeil les membres de sa famille qu'elle rejetait auparavant en bloc. Cela permet de mettre en lumière le personnage de l'adolescente avec tout l'égoïsme qui la caractérise. Le manque d'empathie, la colère, la rebellion qui accompagnent la période de l'adolescence. Camille prend conscience que sa mère a eu son âge, avec les mêmes envies, les mêmes émois, les mêmes conflits intergénérationnels. Mais aussi l'angoisse, le doute, cette fébrilité du passage à l'âge adulte.

En résumé, je dirais que ce livre est un roman initiatique, d'apprentissage, qui pâtit de quelques raccourcis et ressorts connus. Je regrette aussi le traitement en surface de certains personnages comme celui du père et de la petite soeur de Camille. Toutefois, il aborde des sujets intéressants. D'abord l'adolescence, à travers les personnages de Camille, Eva, Melike, mais aussi la connaissance de soi et de ceux qui nous entourent, pour peu qu'on prenne le temps de s'attarder sur eux, avec bienveillance. Un roman inégal pour moi.

L'avis de Delphine, que je partage en plusieurs points. Un coup de coeur pour Joëlle et T livres T arts.

Ma note: 

Ne parle pas aux inconnus - Sandra Reinflet
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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 10:20

Editions JC Lattès-2017-376 pages

Victoire et Nicolas, la vingtaine, se rencontrent dans un bar, le soir de la finale de la coupe du monde de football en 1998. Petit à petit leur histoire se construit, jusqu'à leur installation dans un petit appartement parisien. Puis, chacun démarre sa vie professionnelle: Victoire parcourt le monde en tant que journaliste d'une agence de voyage, spécialisée dans les hôtels de luxe; Nicolas travaille lui dans une start-up qui édite des études sociologiques, sur tout et n'importe quoi et dont les conclusions empruntent bien des raccourcis.

Au fil du temps, après des débuts nourris d'espoirs et d'idéaux, la relation de couple s'étiole et chacun cherche ailleurs une échappatoire à son insatisfaction.

Même si lecture et subjectivité vont de pair, il y a certaines lectures dont vous savez qu'elles n'auront pas un effet neutre sur vous. Si ce livre n'avait pas fait partie de la sélection des 68 premières fois, il est clair que je ne l'aurais pas lu. Car l'effet miroir, très peu pour moi. Les deux protagonistes sont de la même génération que moi, Victoire et moi avons le même âge. Tous deux vivent et se posent des questions comme j'ai pu le faire, le fais et le ferais probablement encore. Le processus d'identification, même s'il possède aussi ses limites sur de nombreux points, s'est donc naturellement mis en marche.

Et force est de constater que Marjorie Philibert pose un regard assez juste sur cette génération de trentenaires, pleine d'idéaux et d'ambition, qui ne parviennent pas à accomplir ce qu'il souhaitent dans le temps. Leur vie se résume à une grande insatisfaction, à des frustrations, dont ils sont en partie responsables.

Ce Presque ensemble, c'est tout ce à côté de quoi on passe par manque d'engagement, de temps ou d'envie. Par l'attente que chacun a de l'autre sans en exposer clairement les choses.

Le manque de communication, les lois et les codes dictés par la société, l'envie d'en vouloir toujours plus, tout cela fait que les gens se perdent, n'arrivent pas à s'écouter, ne se comprennent plus. Et que lorsqu'on s'en aperçoit, il est bien souvent trop tard-quoique...

L'humour aussi a sa place dans le récit associé à ce portrait sans concession de ce qu'est aujourd'hui le couple, avec tout ce que chacun range derrière cette notion.

Alors ce roman n'est pas exempt de défauts, notamment certaines longueurs qui font patiner parfois le fil de l'histoire, mais il offre une analyse assez lucide de notre société contemporaine, associée à une écriture tout à fait honorable. Oserais-je avancer qu'il m'apparait comme un roman de génération?

Nota: Le bandeau du livre dessert pour moi l'histoire, d'autant que l'arrivée du fameux chat est vraiment anecdotique.

Ma note: 

Presque ensemble - Marjorie Philibert
Presque ensemble - Marjorie Philibert
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 15:06

Editions Albin Michel - 2014 pour l'édition originale- 2015 pour la traduction française - 474 pages

Avril 2009, dans la nuit, alors que des dizaines de personnes attendent l'ouverture au matin suivant d'un forum pour l'emploi, une Mercedes grise fonce dans la foule, faisant huit morts et de nombreux blessés.

Bill Hodges, Officier de police récemment retraité, n'a jamais pu démasquer et arrêter le tueur. Jusqu'au jour où il reçoit un courrier dudit criminel, comme une provocation. Il y relate le récit de son crime, ainsi que les agissements qui s'en sont suivis, notamment avec Olivia Trelawney, la malheureuse victime du vol de la Mercedes, qu'il a ensuite harcelée et qui a fini par se suicider. 

Ce tueur, Brady Hartsfield, jeune homme d'une trentaine d'années, vit avec sa mère alcoolique et dépressive, avec qui il entretient une relation incestueuse. Il cumule deux boulots: le premier en tant que réparateur informatique, l'autre comme marchand de glaces ambulant. A ce titre, il est souvent présent avec son camion dans le quartier où réside Hodges, tout près même puisqu'il peut l'observer dans sa maison.

Et même si dans la lettre Brady assure n'avoir aucune envie de recommencer, la réalité est toute autre...

Je me rappelle avoir lu Stephen King il y a très très longtemps, c'était La peau sur les os. Je n'en ai pas gardé un souvenir impérissable, ni bon ni mauvais d'ailleurs, mais ce dont je me souviens c'est que, lorsue j'étais ado, c'était l'auteur à la mode, qui avait apporté et apportait encore un souffle nouveau dans la littérature d'épouvante, à suspens. Shining, Misery...étaient des classiques. Je ne sais pas pourquoi j'ai voulu lire ce titre, peut-être la promesse d'un thriller, plus ma tasse de thé  que le registre habituel de l'auteur?

La scène d'ouverture engageait bien les choses. La description de cette foule de chômeurs, en particulier un homme, puis une femme venue avec son bébé, qui n'hésite pas à passer la nuit dehors poyr s'assurer une chance d'obtenir un emploi en ces temps de crise. Puis l'intervention soudaine de cette Mercedes lancée à toute allure, qui fonce dans la foule comme une boule de bowling au milieu d'un jeu de quilles, tout ça fait froid dans le dos mais est très réussi littérairement parlant. 

La dernière partie rejoint presque en intensité la première, je n'en dis pas plus...Il y a du suspens, une gestion du temps comme un compte à rebours bien sentie.

Sauf qu'entre les deux, je me suis quand même passablement ennuyée. J'ai trouvé que les situations s'enchainaient mal, avec pas mal d'invraisemblances. Bref, Stephen King ferait-il partie de ces auteurs qui enchainent les livres- dont on supprimerait une bonne centaine de pages pour celui-ci- au détriment de la qualité?

Ce titre est le premier d'une trilogie; le second est Carnets noirs et enfin Fin de ronde, qui devrait sortir prochainement.

Ma note:

 

Mr Mercedes - Stephen King
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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 13:47

Éditions Viviane Hamy - 2016-  367 pages

Deux jours avant Noël, un groupe d'une dizaine de SDF occupe la cathédrale Notre-Dame de Paris. Emmenés par le jeune Mouss, ils réclament le droit à un logement et se présentent comme porte-parole de tous les mal logés. Le père Kern, prêtre de la cathédrale, et Gérard, le sacristain, sont pris en otage.

A l'extérieur, les soutiens et les détracteurs se regroupent sur le parvis, ainsi que les forces de police.

Mû par son sacerdoce et sa charité chrétienne, le père François Kern sert d'intermédiaire entre l'extérieur et les révoltés, sans prendre clairement position pour eux. L'intervention de la Police après deux jours d'occupation libére Notre-Dame de ses occupants. Lors de l'assaut, Mouss est blessé et transporté à l'hôpital.

Un an plus tard, Mouss est retrouvé mort dans la Seine. Il a été tué. Claire Kauffmann, juge d'instruction, va à la rencontre du père Kern qui officie désormais dans un centre qui consigne les biens des démunis, pétri de culpabilité depuis l'intervention policière.

Si l'action ne s'était pas déroulée d nos jours, on aurait pu aisément imaginer qu'elle se droulâr au Moyen-Age. En effet, comment ne pas penser d'emblée au roman de Victor Hugo à la lecture de ce livre?

Une bande de miséreux, une vraie cour des miracles, dont on suit la condition et le mode de vie. Ce groupe d'invisibles, individus avec chacun leur parcours, leur histoire, que l'auteur nous livre mais sans trop en dire non plus. Car ce milieu est celui de la déchéance, de ce qu'on fut et qu'on ne sera plus. Alors, envahir Notre-Dame, à Noël c'est un ultime coup d'éclat que Mouss et ses compagnons d'infortune s'autorisent.

A leurs côtés, physiquement parlant, le père Kern-et son sacristain dans un personnage plus secondaire, quoique...- voit lors de cet événement l'occasion de réfléchir sur sa foi, les raisons de son engagement dans la prêtrise. L'évolution de ce personnage, sa complexité, constituent un point très fort de cette histoire. 

Et au-dessus de lui, la hiérarchie cléricale gravite, scandalisée par cette invasion de sous-hommes qui ébranle une tranquilité de façade que ces hommes d'église entendent maintenir pour conserver la mainmise. Le clergé médiéval et de l'Ancien Régime n'est pas si loin...

Et enfin, la cathédrale elle-même, d'où part toute l'intrigue. Majuestueuse, imposante, l'auteur lui donne une véritable place et un vrai rôle dans toute cette histoire.

Alexis Ragougneau a réussi à transposer une intrigue traditionnelle à l'époque moderne. Il met en scène des personnages très travaillés, déroule un récit parfaitement maîtrisé. L'écriture est absolument remarquable, avec une mention spéciale pour les dialogues. La confrontation entre un abbé, personnage issu d'un autre temps, et la juge d'instruction lors d'un interrogatoire vaut le détour par sa justesse et son intensité. 

Ce livre met en lumière tous ces jeux de pouvoirs, en particulier au sein du "clergé", mais aussi la place qu'occupent les marginaux dans notre société.

Il plaira aux amateurs de roman noir, à ceux qui lisent aussi des polars même ce n'en est pas vraiment un. 

Un grand merci à Valérie qui m'a donné envie de lire ce livre. 

Un coup de coeur.

 

Evangile pour un gueux - Alexis Ragougneau
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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 17:49

Editions Grasset - 2016- 224 pages

Début des années 90. Gabriel a une dizaine d'années et vit au Burundi avec ses parents et sa petite soeur. Son père, chef d'entreprise, est Français, sa mère est Rwandaise. Ils vivent à Bujumbura , dans un quartier plutôt priviligié, et mène une vie heureuse, entouré de ses copains: les jumeaux, Gino, Armand...avec qui il fait les quatre cent coups.

Peu à peu, l'instabilité politique du pays et les débuts de la guerre au Rwanda voisin viennent perturber cette vie somme toute paisible. Si Gabriel souhaite se tenir le plus éloigné possible de ces bouleversements, il est rattrapé par la violence de cette guerre.

On a beaucoup entendu parler de ce livre, ce premier roman, qui a été récompensé par le Prix Goncourt des lycéens, le Prix du roman Fnac et le Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama. Je craignais de ce fait d'être quelque peu déçue par une attente trop grande. Il n'en fut rien, j'ai beaucoup aimé. 

A travers le narrateur et les personnages du livre, le lecteur perçoit toute la complexité de ce pays, le Burundi, symbole de beaucoup de pays africains. Les parents de Gabriel d'abord, lui est Français, elle est Rwandaise, exilée au Burundi, qui ne s'entendent plus et se séparent. Puis, les voisins ou amis qui composent l'entourage de Gabriel, dans ce quartier d'expatriés où chacun est plutôt privilégié. Et le père de Gabriel et de sa soeur Ana tient à les éloigner autant que possible des questions politiques qui secouent le pays. On voit l'arrivée de la guerre civile, tant au Burundi qu'au Rwanda où le jeune garçon va régulièrement rendre visite à la famille de sa mère. La violence qui s'insinue jusqu'au génocide et ses horreurs.

Gabriel cherche à rester à distance de cette situation, refuse de prendre le parti de la violence. Car il ne se considère que comme un enfant, et qu'un enfant n'a pas à être mêlé à ces histoires. Hutus, Tutsis, la question ne s'était jamais posée auparavant, jusqu'à ce qu'elle lui soit imposée: on est l'un ou l'autre, on ne choisit pas, et l'un est moins bien que l'autre.

Jusqu'au jour où Gabriel ne peut plus rester neutre et  doit, si ce n'est prendre position, en tout cas, constater, subir, vivre avec cette guerre et ses conséquences. Le personnage de sa mère en est le symbole. 

Je comprends très bien que ce livre ait rencontré du succès auprès des lycéens, c'est un très bon premier roman, tout en sensibilité et en tendresse aussi.

Ma note:

Petit pays - Gaël Faye
Petit pays - Gaël Faye
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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 12:56

Editions Actes Sud/Actes Noirs - 2016 pour l'édition originale et la traduction française- 368 pages

 

Carolina Estrada, vingt ans, jeune étudiante issue d'un milieu modeste, est retrouvée morte dans un bois. Elle était stagiaire dans un cabinet d'avocats, spécialisé dans le recouvrement auprès de débiteurs, principalement des familles n'étant plus à même de payer leur électricité...Dans le même temps, des chiens sont tués et empalés par un sadique, à proximité de jardins d'enfants.

L'inspecteur Milo Malart et sa co-équipière Rebeca  sont chargés de l'enquête. Ils rendent visite à la famille de la victime, mais aussi ceux avec qui Carolina a pu être en contact dans le cadre de son travail. Ils découvrent une population meurtrie, voire exsangue, que la crise a complètement laissé tomber. 

Tout comme l'avait été Le bourreau de Gaudi, son précédent roman que j'avais beaucoup aimé, Les muselés pourrait être qualifié de pamphlet social. Alors que l'auteur mettait l'accent sur l'expulsion des populations à l'occasion des JO de Barcelone, ou pour une question d'image positive dela ville, là c'est de la crise économique qu'il s'agit. Milo Malart part à la rencontre de ces hommes, ces femmes, ces familles qui ont été touchées de plein fouet par la crise et qui ont été complètement laissées sur le carreau si elles n'ont pas trouvé les moyens d'y faire face. Chômage, précarité, dépression, l'auteur dresse un tableau très pessimiste.

Il dénonce également, et sans concession aucune, le pouvoir politique, pour lui méprisant et corrompu, qui tente d'étouffer cette situation, ou pour le moins ne s'en occupe. Il en appelle ni plus ni moins à la révolte de cet ordre établi. Les victimes de la crise, qui ne s'en sortent plus, les muselés, qu'on ne voit plus, qu'on n'écoute plus, qui n'existent plusqui se muent en criminels voire en meurtriers (pas tous heureusement!) parce qu'il n'y a plus d'issue, ni plus rien à perdre quand on a déjà tout perdu. 

A travers le personnage de Malart, tiraillé entre son devoir d'arrêter les hors-la-loi et la compassion que lui inspire ces gens, l'auteur montre à quel point la société espagnole contemporaine, ou du moins barcelonaise, est en proie à bien des questionnements. La propre histoire de Milo, qui doit gérer son frère Hugo, atteint de schizophrénie comme son père, continue de le torturer, de même que sa propension à détruire ce qu'il tente de construire autour de lui.

Un roman une fois encore de grande qualité, bien plus qu'un roman policier, qui nous interroge sur la société dans laquelle nous vivons. 

Ma note: 

Les muselés - Aro Sainz de la Maza
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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 13:14

Alma Editions - 2016 - 292 pages

Magdalena, Libuse et Eva, trois générations de femmes, toutes trois nées de père inconnu. De la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 80, à travers le récit de ces trois femmes, c'est aussi l'histoire de ce pays, la République tchèque, que l'on suit. C'est d'abord l'avènement du communisme, avec les biens mis en commun, l'obligation d'adhérer au Parti. Puis l'arrivée des Russes lors du Printemps de Prague.

Pour chacune d'elles, leur statut de bâtardes les contraint à redoubler d'efforts pour exister et prendre leur destin en mains. Car de courage, ces femmes n'en manquent pas. Victimes de l'Histoire mais aussi de la lâcheté des hommes, de l'orgueil de ceratines femmes, elles font preuve entre elles d'une grande solidarité et d'une force incroyable. Et pourtant, le destin finit par les rattraper , elles se retrouvent piégées, par amour, par désir ou par la violence. Non par lâcheté mais par aveu d'impuissance, à un moment où l'énergie pour se battre se révèle vaine, elles se résignent. Mais le lien qui les unit reste quant à lui indéfectible. 

J'ai aimé tous ces personnages féminins, que la vie n'a pas épargné, mais aussi certaines figures masculines également touchantes. 

Lenka Hornakova-Civade signe ici un superbe premier roman, de très beaux portraits de femmes. Elle explique, dans la post-face, l'origine de ce livre, puisée dans ses propres racines tchèques, et cette sincérité se ressent tout au long de cette histoire.

Le livre a obtenu le Prix Renaudot des lycéens.

Ma note:

Giboulées de soleil - Lenka Hornakova - Civade
Giboulées de soleil - Lenka Hornakova - Civade
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  • : Mon petit chapitre par Anne
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Challenges

Challenges auxquels je participe:

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Voisins Voisines 2013 chez Anne

1. La compagnie des menteurs de Karen Maitland (Angleterre)

2. La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi...de Rachel Joyce (Angleterre)

3. Les trois lumières de Claire Keegan (Irlande)

4. La vie aux aguets de William Boyd (Angleterre)

5. Froid mortel de Johan Theorin (Suède)

6. Contrecoup de Rachel Cusk (Angleterre)

7. Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer (Autriche)

8. Miséricorde de Jussi Adler-Olsen (Danemark)

9. La maison des chagrins de Victor Del Arbol (Espagne)

 

Voisins voisines 2014

 

Voisins Voisines 2014 chez A propos des livres

1. Le secret d'Edwin Strafford de Robert Goddard (Angleterre)

2. L'heure trouble de Johan Theorin (Suède)

3. L'Exception de Audur Ava Olafsdottir (Islande)

4. L'oubli d'Emma Healey (Angleterre)

5. La faute de Paula Daly (Angleterre)

6. Le violoniste de Mechtild Borrmann (Allemagne)

1. Le village de Dan Smith (Angleterre)

2. La ferme de Tom Rob Smith (Angleterre)

3. Le bourreau de Gaudi de Aro Sainz de la Maza (Espagne)

      Challenge 13 auteurs

13 auteurs chez La vie telle qu'elle me passionne

1. Karine Giebel : Les morsures de l'ombre

2. William Boyd: La vie aux aguets

3. Thomas H.Cook

4. Anne Percin: Le premier été

5. Karen Maitland: La compagnie des menteurs

6. Ron Rash: Le monde à l'endroit

7. Marie-Hélène Lafon

8. Fabienne Juhel

9. Jo Nesbo

10. Laura Kasischke: Esprit d'hiver

11. R-J Ellory

12. Jussi Adler-Olsen: Miséricorde

13. Olivier Adam

 

J'ai l'impression que ce challenge n'est pas reconduit cette année mais j'ai bien envie de le poursuivre à titre individuel. Voici la liste établie pour 2014:

 

1. Thomas H.Cook

2. Fabienne Juhel

3. Jo Nesbo

4. R-J Ellory

5. Olivier Adam: Des vents contraires

6. Pascal Garnier

7. Linwood Barclay: Fenêtre sur crime

8. Joyce Maynard: Long week-end

9. Hélène Grémillon: Le confident

10. Lionel Salaun

11. Ryan David Jahn

12. Saphia Azzedine

13. Delphine De Vigan

10 auteurs que j'ai envie de découvrir en 2015:

1. Thomas H.Cook

2. Fabienne Juhel

3. Jo Nesbo

4. R-J Ellory

5. Pascal Garnier

6. Lionel Salaun

7. Ryan David Jahn

8. Silvia Avallone

9. Marie-Sabine Roger

10. Claire Favan

 

 

 

Challenge Polars et Thrillers 2013-2014

Challenge Thrillers et Polars 2013-2014 chez Liliba

1. Black coffee de Sophie Loubière

2. Elvis et la vertu de Frantz Delplanque

3. Miséricorde de Jussi Adler-Olsen

4. Le dernier Lapon de Olivier Truc

5. La maison des chagrins de Victor Del Arbol

6. Le secret d'Edwin Strafford de Robert Goddard

7. L'appel du coucou de Robert Galbraith

8. Vilaines filles de Megan Abbott

9. Purgatoire des innocents de Karine Giébel

10. La Peur elle-même de Laura Sadowski

11. L'homme qui a vu l'homme de Marin Ledun

12. L'heure trouble de Johan Theorin

Challenge Thrillers et Polars 2014-2015 chez Liliba

1. L'oubli d'Emma Healey

2. Fenêtre sur crime de Linwood Barclay

3. La faute de Paula Daly

4. Le violoniste de Mechtild Borrmann

5. Le village de Dan Smith

6. Atomka de Franck Thilliez

7. Angor de Franck Thilliez

8. La cible d'Howard Gordon

9. Sans faille de Valentin Musso

 

Challenge Thrillers et polars 2015-2016 chez Sharon

1. Les nuits de Reykjavik d'Arnaldur Indridason

2. Arrêtez-moi de Lisa Gardner

3. L'affaire des coupeurs de têtes de Moussa Konaté

4. La ferme de Tom Rob Smith

5. Le bourreau de Gaudi de Aro Sainz de la Maza

6. Derrière la haine de Barbara Abel

7. L'enfer de Church Street de Jake Hinkson

8. Am stram gram de M.J.Arlidge

9. Un vent de cendres de Sandrine Collette

10. Deux gouttes d'eau de Jacques Expert

11. Le tailleur de pierre de Camilla Läckberg

12. Les visages écrasés de Marin Ledun

 

 

 

Où Je Chine...